Des INDC aux NDC : quelle température pour la fin du siècle ?

Les négociations de la COP21 se sont concentrées sur les intentions de contributions des Etats (communément appelées INDC, acronyme anglais de Intended Nationally Determined Contribution), autrement dit de leurs engagements à réduire les émissions d’ici à 2030. Ces contributions ayant été entérinées par l’accord de Paris en décembre 2015, le I de Intented (intention) tombe : il faut dorénavant parler des NDC.

Plusieurs associations ont essayé de déterminer quelle température serait atteinte à la fin du siècle avec les émissions annoncées des NDC. La plus connue est celle de l’association Climate Tracker, qui annonce une augmentation des températures de 2,7°C en 2100. Mais les résultats varient fortement d’une analyse à l’autre. Le MIT parle ainsi de 3,5 °C. Qui croire ?

Déterminer une température en 2100 est délicat, car les NDC n’indiquent les objectifs des Etats qu’à l’horizon 2030. Or, pour calculer une augmentation de température, il faut connaitre toutes les émissions jusqu’à la fin du siècle. Les diverses ONG ont donc procédé à des estimations arbitraires sur les émissions post-2030.

Or les émissions de 2030 à 2100 représentent évidemment une part importante des émissions totales sur le siècle. Les hypothèses prises influencent donc fortement les résultats, d’où la variabilité observée.

Cette difficulté à articuler le moyen terme des NDC (2030) et le long terme des climatologues (2100) ne doit cependant pas mener à un scepticisme relativiste quant aux prévisions. L’immense majorité des climatologues et des ONG s’accordent à dire que les NDC ne suffisent pas à limiter le réchauffement à 2°C. Sur les milliers de scénarios étudiés par le GIEC, tous ceux dont les émissions suivent les NDC dépassent les 2°C (enfin, quasiment tous, les rares exceptions se comptent sur les doigts des mains, et sont des scénarios fortement irréalistes).

Il est à noter que les NDC seront réévalués à partir de 2018, tous les cinq ans. La mise en place se faisant deux ans plus tard : 2020, 2025, etc. Une modification ne pourra se faire que dans le sens d’un engagement plus ambitieux. Difficile de croire cependant que ces révisions apporteront des améliorations majeures.

Que faut-il faire alors ? Discuter et agir, encore et à toutes les échelles, pour continuer à limiter nos émissions.

Responsabilité historique
des émissions

La question de la responsabilité historique des émissions est au coeur des négociations climatiques. Les pays dits développés ont eu massivement recours aux énergies fossiles pour initier leur croissance économique. Les pays en développement – Chine en tête – réclament donc un droit à polluer, voire des compensations via des transferts financiers (par exemple, le Fond vert pour le climat).

A ce titre, il est intéressant de regarder les émissions historiques cumulées par pays. Comme le montre le graphique 1, la Chine est en 2015, le deuxième pollueur historique du monde.

 

Emissions cumulées

On voit que si l’on regarde les émissions cumulées à l’échelle du pays, la Chine et l’Inde ne peuvent plus prétendre à un retard historique : la Chine est déjà le deuxième plus grand émetteur historique, et l’Inde le septième.

En outre, il est intéressant de voir les évolutions des émissions de ces pays. Comme le montre le graphique 2, les émissions de la Chine ont explosé, de façon exponentielle, depuis les années 1990.

Trajectoires des émissions

 

Ces deux graphiques présentent un biais évident : ils ne tiennent pas compte de la population. Ce qui est bien sûr essentiel pour raisonner en termes d’équité.
Mais ces graphiques permettent de comprendre l’évolution des négociations internationales. Lors de la signature du protocole de Kyoto en 1997, les pays de l’OCDE étaient encore les principaux responsables du CO2 d’origine anthropique. L’accord de Kyoto a ainsi entériné deux catégories de pays : ceux de l’annexe I (pays de l’OCDE)  sont soumis à des efforts de réduction d’émissions ; les pays hors Annexe I – y compris la Chine et l’Inde – ne s’engageant à rien.

On le voit bien, cette situation est devenue intenable. Sans la Chine et l’Inde, impossible d’inverser la courbe des émissions mondiales. Sortir de cette logique duale qui déresponsabilisait de nombreux pays, c’est la grande force de l’accord de Paris, signé en décembre 2015.
Dorénavant, chaque pays est tenu de faire des efforts, à travers des contributions volontaires – et non-contraignantes.

Toutes les estimations montrent que les contributions actuellement déposées par les pays nous orientent vers une augmentation des températures de 3°C. Ce n’est pas suffisant. Mais c’est peut-être ce qu’on pouvait espérer de mieux de ces négociations.